Khaled Mashaal. Foto Screenshot MEMRI
Khaled Mashaal. Foto Screenshot MEMRI
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Lancé en 1996, le réseau Al-Jazeera a non seulement révolutionné les médias audiovisuels panarabes, mais a également acquis une renommée internationale suite aux attentats du 11 septembre 2001, en raison de la diffusion d’interviews exclusives du chef d’Al-Qaïda Oussama ben Laden. En vingt ans, la chaîne de télévision qatarie est devenue une entreprise internationale multilingue comprenant plusieurs chaînes.

Par: Alberto Fernandez et Yotam Feldner

Beaucoup connaissent Al-Jazeera English, lancée en 2006, ou Al-Jazeera America, qui a diffusé de 2013 à 2016 ; leur contenu diffère grandement de celui de la chaîne arabe mère Al-Jazeera en arabe, qui fait l’objet de cette étude. Al-Jazeera en arabe a été visée par diverses accusations : la chaîne est accusée notamment d’être le porte-parole des Frères musulmans et la principale tribune de l’idéologie djihadiste. Al-Jazeera a également été critiquée pour sa ligne politique éditoriale polarisante, qui vise à dénigrer les rivaux politiques et idéologiques du Qatar tout en ignorant les infractions des alliés régionaux du Qatar. En outre, Al-Jazeera a été accusée d’autoriser des contenus misogynes, homophobes et antisémites.

Les dirigeants d’Al-Jazeera ont rejeté toutes ces accusations, affirmant qu’ils respectaient les critères d’objectivité généralement admis dans le monde des médias. Toutefois, les dirigeants de la chaîne entretiennent le flou sur leurs relations avec le gouvernement qatari. Le directeur général par intérim d’Al-Jazeera, le Dr Mustafa Souag, a affirmé à plusieurs reprises que la chaîne jouissait d’une liberté éditoriale complète. Cependant, à plusieurs reprises également, il a reconnu que le budget d’Al-Jazeera provenait presque exclusivement du gouvernement du Qatar.

« L’État du Qatar finance Al-Jazeera », a déclaré Souag à la BBC, tout en refusant de révéler l’étendue du financement. « Je ne suis pas autorisé à vous donner maintenant le chiffre [exact] », a-t-il déclaré au présentateur de Hardtalk, Stephen Sackur. « Ce que vous devez savoir et ce que le public doit savoir, c’est que 90% de notre budget provient peut-être du gouvernement (qatari). Et cela vous suffit. Tout ce que vous voyez est financé par le gouvernement, par l’État du Qatar. »

Dans une autre déclaration, Souag a comparé Al-Jazeera à la BBC, France 24 et DW, financées respectivement par la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne. “C’est exactement comme pour ces chaînes”, a-t-il précisé. « Notre indépendance éditoriale est totale. »

Al-Jazeera jouit-elle d’une indépendance éditoriale totale ? Si tel est le cas, elle a choisi de l’exercer de manière extrêmement sélective. Al-Jazeera rapporte rarement quoi que ce soit sur la situation au Qatar, et pratiquement jamais rien sur les affaires intérieures du Qatar. En revanche, le combat des Palestiniens en Cisjordanie, en particulier dans la bande de Gaza gouvernée par le Hamas, a fait l’objet d’une couverture étendue depuis le lancement de la chaîne. Ces dernières années, la chaîne qatarie s’est également focalisée sur les infractions aux droits de l’homme commises par les rivaux idéologiques et politiques arabes du Qatar. Des reportages et des débats sur les violations des droits de l’homme en Arabie saoudite, en Égypte et aux Émirats arabes unis ont été diffusés presque quotidiennement sur les différentes chaînes de télévision du réseau Al-Jazeera.

Récemment, l’animateur Ahmed Taha déplorait le fait que le fils d’un célèbre journaliste ait été privilégié lors de sa mise en quarantaine pour exposition au COVID-19. « Si un chien hurle en Égypte, Al-Jazeera doit couvrir l’événement et les Nations Unies doivent intervenir, mais quand cela se produit dans un autre pays, ça rentre par une oreille et ça sort part l’autre », a réparti le Dr. Mac Sharkawy, invité de l’émission.

Cette abondance de rapports sur les violations des droits humains chez les rivaux du Qatar contraste avec le silence intégral concernant la situation des droits humains au Qatar même. Il existe un Comité national des droits de l’homme au Qatar, dirigé par le Dr Ali bin Samikh Al-Marri, fréquemment invité sur le plateau d’Al-Jazeera. Toutefois, Dr Al-Marri ne dit jamais mot des violations des droits humains par le gouvernement qatari, sa seule préoccupation étant les violations qu’impliquerait le « blocus » imposé par les Saoudiens et les EAU.

Ali Bin Fetais Al-Marri, procureur général du Qatar, fait également partie de la poignée de responsables qatariens à être de temps en temps interviewés sur Al-Jazeera. Lors de ses interventions, Marri présente le Qatar comme un leader régional, et même mondial, de bonne gouvernance. Dans une interview de 2016, Al-Marri expliquait notamment que l’ancien émir qatari Hamad bin Khalifa Al Thani – arrivé au pouvoir après avoir organisé un coup d’État contre son père en 1995 – et son fils, l’actuel émir Tamim, avaient établi « un État institutionnel au plein sens du terme, avec séparation des pouvoirs et une justice totalement indépendante. Le Qatar est devenu le pays le moins corrompu du monde arabe, le pays avec le plus petit nombre de personnes incarcérées au monde… ». Le présentateur Ahmad Mansour ne semblait pas entièrement convaincu, mais Al-Marri était imperturbable. L’aspect le plus important est la justice, a encore soutenu Al-Marri, fervent partisan de la charia.

En fin de compte, l’indépendance tant vantée d’Al-Jazeera rappelle, pour le téléspectateur arabophone moyen, la politique étrangère qatarie : un sous-texte islamiste dans le contenu, tantôt subtil, tantôt évident, et une préférence marquée pour les régimes islamistes du Soudan de Béchir, de la Gaza du Hamas ou encore de l’Ankara de l’AKP, ainsi que pour les branches de l’organisation des Frères musulmans, plutôt que pour les dirigeants régionaux en place. Mais ce n’est là que le début. Lire le rapport intégral en anglais.

Alberto Fernandez est vice-président de MEMRI ; Yotam Feldner est directeur de MEMRI TV

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