Keir Starmer. Foto Jeremy Corbyn - Revealing Brexit documents, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=84957440
Keir Starmer. Foto Jeremy Corbyn - Revealing Brexit documents, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=84957440
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Le 4 avril, le Parti Travailliste britannique s’est élu un nouveau Président : Sir Keir Starmer. Il a obtenu 56% des suffrages contre deux autres rivaux. Starmer a immédiatement fait mention de ses fermes intentions de rebâtir la confiance de la Communauté juive envers le parti travailliste. Il a dit vouloir “reconnaître la douleur et le préjudice moral que le parti travailliste a provoqués au peuple juif au cours des années récentes : “L’Antisémitisme laisse une tâche sur l’honneur de notre parti… Je veux encore présenter des excuses et réitérer ma promesse d’éradiquer ce poison à la racine… Je sais qu’en définitive, je serai jugé, non pas tant sur ce que je dis que sur ce que je fais“. Starmer a ajouté qu’il entreprendrait des pourparlers avec les dirigeants de la communauté juive pour déterminer “De quelle façon nous pourrons travailler afin d’extirper l’antisémitisme du cœur du parti travailliste”.

Par Manfred Gerstenfeld

Le dirigeant sortant du parti travailliste, Jeremy Corbyn, se vantait d’être “l’ami et le frère” des organisations antisémites génocidaires, le Hamas et le Hezbollah. Sous sa férule, nombre d’électeurs juifs du parti travailliste ont arrêté de soutenir le parti. Un sondage de Survation parmi les Juifs a démontré que 86% des sondés pensent qu’il y a des niveaux élevés antisémitisme parmi les membres du parti travailliste et leurs représentants élus.

Les deux organisations centrales juives recherchent une réconciliation.

Le Conseil Dirigeant des Juifs Britanniques et le Bureau des Députés Juifs ont insisté pour poser certaines conditions minimales avant de se porter candidat pour la direction du parti travailliste. Starmer et les deux autres candidates Rebecca Long-Bailey et Lisa Nandy les ont acceptées. Angela Rayner, la Présidente-adjointe élue a aussi contresigné ces exigences. Deux candidats malheureux à ce poste ont refusé de le faire.

Le Bureau des Députés Juifs a déposé 10 requêtes devant être signées par les candidats à la présidence travailliste. Celles-ci incluaient que les candidats promettent de résoudre les dossiers en suspens d’antisémitisme présumé en un temps limite. On demande aux candidats de transmettre le passage d’un processus disciplinaire pour enquêter sur les plaintes antisémites à un agent indépendant et d’assurer la transparence de la procédure de dépôt de plaintes. D’autres demandes  comprenaient le fait que les contrevenants prédominants ne devraient plus être réadmis.

En outre, aucune tribune ne devrait être offerte à ceux qui ont été suspendus pour antisémitisme et les candidats doivent donner leur accord d’accepter l’entièreté de la définition de l’antisémitisme en conformité avec celle de l’Alliance Internationale pour la Mémoire de la Shoah (IHRA). Les candidats doivent aussi accepter l’instauration d’un programme éducatif à l’antiracisme approuvé par le Mouvement Travailliste Juif (JLM), qui pourrait diriger la formation. Les dix requêtes comprennent également le fait que le parti ne devrait prendre contact avec  la communauté qu’au travers de ses principales organisations représentatives, et non par le biais d’organisations marginales. En définitiveon s’attend à ce que le président travailliste engage sa responsabilité personnelle à mettre un terme définitif à la crise de l’antisémitisme.

Starmer a insisté sur la relation naturelle de sa famille avec la communauté juive, dès son premier jour à ce poste. Il a fait mention du fait que sa femme est juive et membre d’une synagogue. Il a aussi dit qu’il avait des proches en Israël. Il a poursuivi en disant qu’il soutient le droit d’Israël à exister comme patrie.

Malgré tout cela, on a critiqué Starmer, par le passé, alors qu’il faisait partie du cabinet de l’ombre de Corbyn, pour n’en pas toujours fait assez contre l’antisémitisme. Le Daily Mail a cité un ami du regretté Rabbin David Goldberg, qui lui avait dit : ” Je suis très déçu à cause de Keir Starmer. En particulier, alors que sa femme et ses enfants sont membres de ma propre synagogue. C’est leur communauté qui est sous la menace et pourtant, il en fait si peu. C’est pathétique”. Starmer est aussi membre des Amis travaillistes de Palestine et du Moyen-Orient. Il y a d’autres points noirs supplémentaires dans son passé.

Le principal objectif de Starmer est de diriger le parti travailliste vers une victoire aux prochaines élections. Faire le ménage sur la question de l’antisémitisme éliminerait une proportion considérable de publicité médiatique négative. Corbyn constituait une erreur de casting en tant que leader dans de nombreux domaines. Même sous la tutelle de Corbyn, l’antisémitisme n’a pas été la cause fondamentale de la défaite électorale des Travailliste. Il a, cependant, provoqué un bruit d’arrière-fond désagréable.

Il existe une autre raison pour laquelle Starmer fera tout ce qu’il pourra pour dégager la route du problème de l’antisémitisme. La Commission des Droits de l’Homme pour l’égalité (EHRC) doit présenter son rapport d’enquête sur le Parti Travailliste dans les mois à venir. Starmer voudra être en position de laquelle il pourra prétendre que des améliorations substantielles ont été réalisées depuis que l’enquête a commencé.

Dans le même temps, un nouvel obstacle imprévu est apparu. Un énorme rapport interne inédit est arrivé aux oreilles des médias. Il prétend que le Département des plaintes s’est avéré hautement dysfonctionnel. Ce département était formé par des partisans de l’ancien dirigeant travailliste modéré, Tony Blair. Ces personnes, selon ce que ce rapport en dit, ont fait le maximum pour porter atteinte à Corbyn. Le rapport déclare qu’il est vrai que le Département n’a pas traité efficacement les plaintes pour antisémitisme. Ce^pendant, c’était également le cas avec toutes les autres formes de plaintes.

La publication de ce rapport a probablement compromis l’intimité de plusieurs employés du parti travailliste. Cela pourrait déboucher sur des dossiers judiciaires contre le parti. Le parti travailliste, en tant que tel, n’a pas soumis ce rapport à l’EHRC. Pourtant, un individu a publié un articcle disant qu’il l’avait fait.

Même si le parti, sous l’impulsion de Starmer répond aux dix conditions des organisations juives, on se demande si beaucoup de Juifs retourneront voter pour le parti travailliste. La réconciliation est essentiellement une question qui relève du symbolique. Les Juifs ne représentent que 0, 4% de la population britannique. Au mieux, leur vote peut avoir une influence dans les petites circonscriptions. Ce qui est plus beaucoup plus important pour les Travaillistes, c’est que les représentants juifs arrêtent de dire que le parti est institutionnellement antisémite.

Il subsiste de sérieux handicaps pour que des Juifs conscients votent pour le parti travailliste. Le parti compte, en effet, de nombreux membres corbynistes. Ils se sont organisés au sein du groupe Elan. Il y a même un certain nombre de Corbynistes au sein du cabinet de l’ombre.

Il y a encore une autre question, qu’on devrait mettre en exergue. En 2014, le parti travailliste a proposé une motion à la Chambre des Communes, disant que le Royaume-Uni devrait reconnaître la Palestine. Cette motion a été accepté à une large majorité. Les Palestiniens ont, par conséquent, continué de rejeter toutes les propositions de paix israéliennes.

Un Juif qui vote pour les Travaillistes donne sa voix à un parti qui veut reconnaître un peuple dont le parti très largement majoritaire, le Hamas, veut commettre un génocide contre les Juifs. Le deuxième parti par ordre d’importance, le Fatah, récompense les meurtriers de citoyens israéliens. Lisa Nandy était l’une des députées qui a voté pour cette motion. Quoi qu’il en soit, le Mouvement Travailliste Juif (JLM) l’a soutenue au cours des récentes élections du parti travailliste en tant que Présidente. Les Juifs qui voteront travailliste à l’avenir ne pourront pas plaider l’innocence et cela vaut totu autant pour les membres du JLM.

Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme. Adaptation: Marc Brzustowski. Première publication par Jforum.fr

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