Les succès de Trump au Moyen-Orient survivront-ils?

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22 décembre 2020. 9h30 du matin. Un avion décolle de l’aéroport Ben Gourion en Israël pour la capitale du Maroc, Rabat. Des accords économiques, politiques, culturels et stratégiques entre le Maroc et Israël seront bientôt signés et permettront une normalisation complète des relations entre les deux pays. Le Maroc sera le quatrième pays arabo-musulman en 2020 à signer des accords semblables avec Israël.

par Guy Millière

Les accords d’Abraham, solennellement ratifiés le 15 septembre 2020 à la Maison Blanche par Israël, les Émirats arabes unis, Bahreïn et les États-Unis, ont mis en branle un processus de paix que de nombreux observateurs auraient jugé inimaginable il y a quelques années à peine. Ce processus s’est poursuivi bien au-delà des élections américaines de 2020, et est au cœur d’une révolution plus large qui a changé le Moyen-Orient et le monde arabe. Il constitue une révolution qui est l’une des réalisations majeures de la présidence Trump.

La nouvelle administration en place à Washington, DC montrant une volonté de trainer dans la boue tout ce qui porte le nom de Trump, il peut être important d’analyser cette révolution et la stratégie qui l’a rendue possible – et il faut pour cela partir de la situation qui régnait dans la région lorsque le président Donald J. Trump est arrivé à la Maison Blanche.

La Syrie était ravagée par une guerre civile catastrophique qui avait fait plus de 400 000 morts et des millions de réfugiés. Une organisation terroriste djihadiste avait pris un vaste territoire dans l’est de la Syrie et le nord-ouest de l’Irak, l’avait appelé „l’État islamique„, et l’utilisait comme une base depuis laquelle préparer des attaques djihadistes sanguinaires dans le reste du monde.

Le régime iranien des mollahs déstabilisait toute la région et avançait vers l‘hégémonie régionale. L’Iran tenait le Liban par l’intermédiaire du Hezbollah; les zones de Syrie toujours aux mains de Bashar Al-Assad par le biais de milliers de gardiens de la révolution et de miliciens envoyés depuis Téhéran, et la moitié du territoire du Yémen grâce aux milices houthi qu’il finançait et armait. L’Iran finançait et armait également le Hamas dans la bande de Gaza, et continuait d’avancer vers la possession d‘armes nucléaires, malgré l’accord de juillet 2015 (Plan d’action global conjoint, JCPOA), qui n’avait servi à rien d’autre que permettre au régime de disposer de milliards. de dollars, de devenir le principal bailleur de fonds du terrorisme islamique mondial et de poursuivre l’enrichissement d’uranium.

Les pays du monde arabe sunnite étaient faibles et ébranlés. L’Égypte commençait à peine à retrouver le calme après des années marquées par la chute d’Hosni Moubarak; l’arrivée au pouvoir en 2012 des Frères musulmans; leur renversement un an plus tard par de grandes manifestations; la prise du pouvoir par Abdel Fattah al Sisi, et les soulèvements islamistes que l’armée avait sévèrement réprimés.

La Libye, depuis la destruction du régime de Kadhafi, était en ruine et livrée à des groupes terroristes islamiques. Le Yémen était en grande partie détruit. L’Arabie saoudite était menacée à la fois par l’Iran et par l’État islamique, qui avait lancé des attaques dans l’est du pays. Le Soudan était aux mains d’Omar el-Béchir, un dirigeant sanguinaire qui avait accepté l’utilisation de son pays par l’Iran aux fins que des armes soient transférées vers la péninsule du Sinaï et la bande de Gaza.

L’Autorité palestinienne, après avoir abandonné toutes les négociations, continuait à procéder à l‘organisation d’attaques anti-israéliennes sanglantes, sans recevoir la moindre réprimande du monde occidental, et menait en toute impunité dans les organisations internationales une campagne destinée à délégitimer Israël. Israël était sous la pression constante de l’administration Obama et du président Barack Obama lui-même, qui soulignait constamment „la nécessité imperative“ de créer un État palestinien dans les „frontières de 1967“. Espérant apparemment contribuer ainsi à la création un État palestinien, Obama avait décidé de ne pas opposer son veto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, votée le 23 décembre 2016, qui décrivait les implantations israéliennes comme des „territoires occupés par la force“, la vieille ville de Jérusalem comprise, et Israël comme „agissant en violation du droit international humanitaire“.

L’administration Obama et Obama lui-même avaient explicitement soutenu le renversement d’Hosni Moubarak et la prise du pouvoir par les Frères musulmans en Égypte. L’administration Obama et Obama lui-même avaient aussi pris leurs distances avec l’Arabie saoudite et les monarchies du Golfe; contribué à la destruction du régime Kadhafi en Libye; signé le JCPOA, qui permet à l’Iran d’enrichir de l’uranium et de posséder des armes nucléaires – un accord que l’Iran, lui, n’a jamais signé – et versé plus de 150 milliards de dollars dans les caisses de l’Iran.

Le Président Trump, dès son entrée en fonction, a agi rapidement et de manière décisive.

Il a détruit l’État islamique. En décembre 2017, le groupe ne contrôlait plus que 5% du territoire qu’il contrôlait dix mois plus tôt. En mars 2019, il avait perdu son dernier bastion.

Le 21 mai 2018, Trump a décidé de neutraliser le régime des mollahs iraniens en annonçant que les États-Unis abandonnaient „l’accord sur le nucléaire“. Il a ensuite mis en œuvre des sanctions visant à limiter leur aventurisme.

Trump s’est dissocié de la „solution à deux États“, mort-née dans les cercles diplomatiques en raison du refus de toute proposition par les dirigeants palestiniens et d’autres demandes inacceptables qu’ils ont énoncé. Il a renoué les liens entre les États-Unis et une grande partie du monde arabe musulman et, en mai 2017, il a fait un voyage crucial à Riyad, en Arabie saoudite au cours duquel il a déclaré aux 54 dirigeants des pays musulmans sunnites réunis pour l’occasion que les États-Unis seraient à leur côté face aux menaces iraniennes, et étaient prêts à les aider à surmonter l’instabilité: à la condition stricte qu’ils mènent un combat contre le terrorisme et l’islam radical, et qu’ils se modernisent.

Clairement conscient que des réunions discrètes avaient eu lieu entre dirigeants israéliens et dirigeants de plusieurs pays musulmans sunnites, Trump a suggéré qu’un rapprochement économique et stratégique régional contribuerait à permettre d’avancer vers la paix. Il a fait référence aux „citoyens du Moyen-Orient“ en général et ajouté que si „les trois religions abrahamiques peuvent coopérer, la paix dans le monde deviendra possible“.

Trump a vu que l’intransigeance des dirigeants palestiniens, que les dirigeants du monde arabe soutenaient depuis longtemps, était désormais perçue par ces derniers comme un obstacle, et à Riyad, il n’a pas dit un mot sur l’Autorité palestinienne.

Il a pris l’avion pour Israël, et cela a été le premier vol reliant Riyad à Tel Aviv; il s’est rendu au Mur des Lamentations – il a été le premier président des États-Unis en exercice à le faire – et a affirmé son soutien indéfectible à l’Etat juif. Il s’est ensuite rendu à Ramallah, où il a accusé le président palestinien Mahmoud Abbas d’être un adepte du terrorisme et un menteur.

Trump a demandé en novembre 2017, à une équipe dirigée par son gendre, Jared Kushner, d’élaborer un plan de paix qui respecte les impératifs de sécurité d’Israël et qui prend en compte non pas les demandes de l’Autorité palestinienne, mais les Arabes palestiniens.

Au cours des mois qui ont suivi, il a demandé à l’Autorité palestinienne de mettre fin à ses activités terroristes. Lorsque l’Autorité palestinienne a refusé, il a réduit le financement qui était accordé à celle-ci par les États-Unis, et a cessé de traiter ses dirigeants comme des interlocuteurs légitimes.

Le 6 décembre 2017, il a officiellement reconnu Jérusalem comme la capitale d’Israël et décidé d’y installer l’ambassade des États-Unis en Israël, ce qui a été une façon de dire que la présence d’Israël à Jérusalem était pleinement légitime et que personne ne serait autorisé à bousculer Israël. L’ambassade a été inaugurée moins d’un an plus tard, le 14 mai 2018.

Le 7 septembre 2018, Trump a demandé au département d’État américain de publier une déclaration disant qu’à partir de ce jour, les États-Unis ne reconnaîtraient comme réfugiés que les Arabes qui ont personnellement quitté Israël en 1948-49 et il a ajouté que les États-Unis ne financeraient plus l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), une organisation qui prétend qu’il y a plus de cinq millions de réfugiés palestiniens, alors qu’il s’agit de gens qui, presque tous, n’ont jamais mis les pieds en Israël et ne peuvent donc pas prétendre „retourner“ sur des terres où ils n’ont jamais résidé. (L’UNRWA compte comme refugiés les réfugiés réels, mais aussi tous leurs descendants, et utilise ainsi des façons de compter les réfugiés qui ne sont pas celles utilisées par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés.)

Trump a déclaré aussitôt que l’idée d’un „retour“ en Israël de millions de personnes qui ne sont pas de réels réfugiés n’était plus sur la table des négociations.

La composante économique du plan de paix Trump a été présentée à Manama, Bahreïn, les 25 et 26 juin 2019. Des représentants de 39 pays, dont l’Égypte, la Jordanie, le Maroc et les pays du Golfe étaient présents, ainsi que des hommes d’affaires venus de tout le monde arabe.

Le plan lui-même a été présenté à la Maison Blanche le 28 janvier 2020. Il parle d’un État palestinien, mais stipule que la sécurité d’Israël sera garantie: si un État palestinien venait à être créé, il serait démilitarisé, aurait des frontières contrôlées par Israël et aucune frontière avec un État arabe.

Le plan offre, dans ce cadre, la perspective d’une souveraineté aux Arabes palestiniens. Il offre à Israël de conserver le contrôle, stratégiquement nécessaire, de la vallée du Jourdain et la souveraineté sur 30% de la Judée et de la Samarie – un pourcentage que de nombreux Israéliens jugeaient très insuffisant, puisque la Judée et la Samarie font historiquement partie de la terre d’Israël.

Le plan souligne qu’un État palestinien ne pourra naître que si les dirigeants palestiniens renoncent pleinement et concrètement au terrorisme. Les dirigeants palestiniens ont immédiatement rejeté ce qui leur était proposé. Quelques jours plus tard, sur l’insistance de l’Autorité palestinienne, la Ligue arabe a condamné le plan, mais les représentants arabes présents à Manama ont continué à préparer la prochaine étape.

Les accords d’Abraham ont rapidement suivi. Ils se sont inscrits dans la continuation des perspectives de paix énoncées par le président Trump en mai 2017. Ils n’ont pas été condamnés par la Ligue arabe. Ils ont, comme Trump le voulait en 2017, une dimension économique et stratégique. Ils offrent non seulement des opportunités économiques à tous les signataires, mais renforcent aussi leurs capacités militaires.

Comme le plan de paix Trump prend en compte les Arabes palestiniens, les signataires arabes ont pu dire qu’en signant l’accord, ils n’ont pas oublié la population palestinienne.

Les accords entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn conduiront à des investissements et des échanges commerciaux entre Israël et ses nouveaux partenaires qui se chiffreront en milliards de dollars. Ils permettront aux Émirats et à Bahreïn de bénéficier des technologies israéliennes, et de voir leur défense renforcée face à l’Iran.

Ils conduisent, plus largement, à une ouverture culturelle et religieuse des Emirats et de Bahreïn au judaïsme: le musée Carrefour des civilisations à Dubaï est désormais le premier musée du monde arabe qui soit accessible en hébreu. Y sont exposés d’anciennes cartes de Jérusalem, une épée ayant appartenu à la communauté juive yéménite, un contrat de mariage juif pré-Holocauste et des lettres originales de Theodor Herzl. Les restaurants de Dubaï, Abu Dhabi et Manama servent toujours davantage des plats casher. Une menorah géante, a été allumée devant le Burj al-Khalifa de Dubaï, le plus haut gratte-ciel du pays, pour célébrer la fête juive de Hanoukka. Mohamed ben Zayed, prince héritier d’Abou Dhabi, travaille depuis des années à diffuser une vision apolitique de l’islam et a confié la gestion des questions religieuses du pays à un docteur de la foi soufi, le cheikh Abdullah bin Bayyah, désormais en charge de la diffusion de cette vision.

L’accord passé avec le Soudan a une dimension encore plus remarquable. Le Soudan figurait jusque voici peu sur la liste des États terroristes et, jusqu’à la chute de son dictateur Omar al Bashir en avril 2019, contribuait à la guerre contre Israël. Son Premier ministre actuel, Abdalla Hamdok, partage une vision de l’islam similaire à celle du cheikh Abdallah bin Bayyah et a nommé une chrétienne copte au Conseil souverain, un organe qui dirigera le pays jusqu’à la fin de 2022, date à laquelle des élections libres sont prévues. Israël entretient désormais des relations pacifiques avec un pays qui était son ennemi. Désormais retiré de la liste des États terroristes, le Soudan peut bénéficier de l’aide d’Israël, l’un des leaders mondiaux dans le secteur des technologies agricoles, et pourra améliorer sa production alimentaire.

Le royaume du Maroc avait, avant l’accord, des liens discrets avec Israël. Environ un million de juifs d’origine marocaine font partie de la population d’Israël, et les juifs du Maroc sont considérés par le royaume – et son monarque visionnaire, SAR le roi Mohammed VI – comme des citoyens égaux aux Musulmans marocains. Les liens diplomatiques sont en cours de rétablissement complet. Israël noue ainsi des relations normales avec un pays arabe Sunnite supplémentaire, et les liens entre Israël et le Maroc conduiront à des investissements propices à l’économie des deux pays. Le président Trump a ajouté à l’accord la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, un territoire revendiqué par un groupe de guérilla soutenu par l’Algérie et, plus récemment, par la République islamique d‘Iran et le Hezbollah. La décision du président Trump a renforcé le Maroc, allié des États-Unis, et affaiblit des ennemis des États-Unis.

L’Arabie saoudite n’a pas encore conclu d’accord de normalisation avec Israël. Le roi Salmane semble attaché à l’idée qu’un État palestinien doit être créé avant que l’Arabie saoudite ne normalise ses relations avec Israël. Cependant, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, connu familièrement sous le nom de MBS, comprend que la coopération avec Israël en matière de sécurité ne peut que renforcer les capacités de défense du royaume et que les technologies israéliennes seraient très utiles pour la transformation économique du pays qu’il envisage, dans le cadre du projet Vision 2030 qu’il a élaboré. MBS est conscient que des changements profonds doivent être apportés dans un pays soumis à l’application stricte de la version wahhabite de la charia islamique, et des changements s’opèrent. Les programmes d’enseignement du pays sont en cours de modification, dans le sens de la tolérance, et les contenus antisémites et anti-israéliens en sont supprimés. Le discours religieux dans le pays est lui aussi en train de changer. Cheikh Abdulaziz al-Sheikh, le grand mufti d’Arabie saoudite, dit maintenant que la religion doit se disséminer par les mots, pas par le sabre.

Le 6 septembre, l’Imam de la Grande Mosquée de La Mecque, Abdulrahman al-Sudais, a prononcé un sermon prêchant le dialogue et la bienveillance envers les non-musulmans, et a fait une référence spécifique aux Juifs. Il a été critiqué, mais n’aurait pas pu prononcer le sermon sans l’accord de la famille royale. Um Haroun (Mère d’Aaron), une série télévisée saoudienne, a été diffusée l’année dernière sur une chaîne publique saoudienne, MBC, et dans d’autres pays arabes. Elle montre des juifs, des chrétiens et des musulmans vivant ensemble en paix.

Le royaume saoudien a, certes, encore du chemin à parcourir pour devenir un pays ouvert et tolérant, et le chemin est semé d‘embûches. Les gens hostiles à l’évolution du pays peuvent tenter d’agir, et la réponse peut être brutale. L’assassinat à Istanbul de l’agent des Frères musulmans Jamal Kashoggi est encore dans toutes les mémoires. L’Arabie saoudite évolue néanmoins dans une direction extrêmement prometteuse. On doit espérer que rien ne viendra contrarier cette évolution.

Les contours d’un Moyen-Orient plus stable, et moins marqué par la guerre, pourraient se dessiner.

Le terrorisme islamique a atteint son plus bas niveau depuis des décennies, bien que plusieurs pays soient en ruines et que des foyers de guerre potentielle persistent. Le régime des mollahs, qui n’est présentement plus une nuisance majeure, semble au bord de l’asphyxie. On doit espérer que rien ne viendra contrarier cette évolution là non plus. D’autres pays souhaiteraient apparemment suivre la voie qui a pris forme. En octobre 2020, le chef du Mossad Yossi Cohen avait parlé d’Oman, de l’Indonésie et de cinq ou six autres pays qu’il n’avait pas nommés ; la Mauritanie a également été mentionnée. Plus grand sera le nombre de pays signant les Accords d’Abraham, plus les accords de paix dans la région pourraient se solidifier. L’idée d’une paix régionale n’est pas hors de portée. En à peine quatre ans, la révolution Trump au Moyen-Orient a fourni une base inestimable pour une transformation profonde et fructueuse de la région.

La nouvelle administration Biden menace de saper l’ensemble de ce qui a été accompli. Malgré les messages inquiets d’Israël et du monde arabe sunnite, elle a indiqué qu’elle souhaite renouer avec le catastrophique accord de 2015 sur le nucléaire iranien. Elle prétend vouloir imposer des conditions strictes au régime des mollahs, mais ces conditions semblent se résumer à l’exigence que l’Iran respecte les termes de l’accord, que l’Iran n’a, en réalité, jamais respecté. Percevant qu’ils ont manifestement affaire à des adeptes de l’apaisement, les mollahs ont annoncé le 4 janvier qu’ils avaient décidé de reprendre l’enrichissement de l’uranium au niveau de 20%, proche de la pureté requise pour les armes atomiques. Le même jour, les mollahs ont saisi un chimiquier battant pavillon sud-coréen dans le détroit d’Ormuz.

L’administration Biden semble également désireuse de rétablir l’aide américaine à l’Autorité palestinienne et de renouer avec les dirigeants de celle-ci – sans leur parler de leur soutien au terrorisme, en les traitant à nouveau comme des „partenaires pour la paix“, en dépit des preuves montrant que ce n’est pas ce qu’ils sont, et en tentant de se diriger vers un soutien renouvelé à une „solution à deux États“, potentiellement mortelle pour Israël.

Les pressions américaines sur Israël pourraient s’intensifier et aller de pair avec d’autres pressions. Le 11 janvier, les ministres des Affaires étrangères français et allemand, réunis au Caire avec leurs homologues jordanien et égyptien, ont publié une déclaration affirmant leur „attachement à une solution à deux États garantissant l’émergence d’un État palestinien indépendant et viable sur la base des frontières de 1967 „- qui sont, en réalité une simple ligne d’armistice, et ont été appelées „frontières d’Auschwitz“ en raison de leur précarité.

Si les sanctions contre l’Iran étaient levées, le régime des mollahs serait en mesure d‘acquérir des armes atomiques en quelques semaines, comme l’a dit lui-même le secrétaire d’État américain Antony Blinken. D’autres pays de la région feraient alors probablement tout leur possible pour acquérir également des armes atomiques, et une prolifération nucléaire régionale, probablement impossible à arrêter, serait sans doute enclenchée.

Après trois ans de boycott diplomatique et économique saoudien contre le Qatar, le récent rapprochement entre l’Arabie saoudite et le Qatar, négocié par Jared Kushner et Avi Berkowitz, peut sembler être une bonne nouvelle, et un pas dans la bonne direction. Néanmoins, les liens étroits du Qatar avec l’Iran font qu’il est probable que le Qatar n’a accepté l’accord qu’avec le consentement de l’Iran – qui cherche sans aucun doute à renforcer sa position auprès de l’administration Biden, ainsi que sa propre posture géostratégique. L’Iran ne peut que vouloir affaiblir les accords passés entre Israël, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Maroc et le Soudan. Le 18 janvier, le ministre qatari des Affaires étrangères, Cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al Thani a déclaré que le moment était venu pour les dirigeants des six pays membres du Conseil de coopération du Golfe de „négocier avec l’Iran pour remédier aux différends qui les séparent“.

La Chine a conclu des accords avec l’Iran en juillet 2020 et, dans le cadre de sa volonté explicite d’avancer vers la domination mondiale (voir iciici et ici), elle a vraisemblablement l’intention de renforcer son rôle d’acteur régional majeur et d’allié des ennemis des États-Unis et de la paix.

Une administration Biden pourrait ne pas toucher directement aux accords d’Abraham, mais être tentée, par désir d’apaiser l’Iran, de les affaiblir. Certains membres démocrates du Congrès américain remettent en question les ventes prévues d’avions F-35 aux Émirats arabes unis, même si le gouvernement israélien ne s’y oppose pas, et ces ventes ont été suspendues. Certains membres démocrates du Congrès ont exprimé leur volonté de poursuivre le nouveau gouvernement démocratique du Soudan – dans une tentative cynique de le déstabiliser- en raison des liens passés du pays avec le terrorisme, liens qui existaient sous le régime precedent et n’existent plus.

La nouvelle administration Biden a déclaré qu’elle envisageait également de contester la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, ce qui satisferait l‘Iran, pays défini le rapport annuel sur le terrorisme comme „le pire État commanditaire du terrorisme au monde“, et le Hezbollah, mais créerait des tensions délétères entre des alliés des Etats-Unis, Israël et le Maroc.

Les changements qui ont eu lieu au Moyen-Orient depuis 2017 sont remarquables, mais, comme on l’a vu pendant la Seconde Guerre mondiale, même les pays les plus forts peuvent être détruits.

„Le Moyen-Orient“, a écrit l’expert du Moyen-Orient Mordechai Kedar, „est construit sur des dunes de sable qui changent de forme en fonction des vents dominants“. Il est à espérer que les vents dominants ne changeront pas au point de balayer ce qui est la plus grande transformation qui ait eu lieu depuis plus de sept décennies dans une région si souvent ravagée par la guerre, et qu’un retour aux erreurs du passé ne conduira pas à nouveau les dunes de sable à se couvrir de sang.

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