Les coups à fleurets mouchetés de la France face à l’islamisme

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Schutz von Gebäuden in Frankreich. Foto Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons - cc-by-sa-3.0, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=38355211
Schutz von Gebäuden in Frankreich. Foto Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons - cc-by-sa-3.0, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=38355211
Lesezeit: 7 Minuten

La France connaît des problèmes insolubles avec certaines franges marquées de la population musulmane. Il est probable  qu’il n’existe pas de mesures acceptables dans le cadre de la démocratie libérale, qui puisse régler de façon appropriée cette confrontation, même s’il y avait la volonté politique pour le faire.

Le Président Emmanuel Macron est au courant de ce problème depuis des années. Il s’est exprimé avec force pour dire que son gouvernement va traiter les questions induites. Pourtant, Macron a relativement peu fait sur le terrain au cours de cette période, depuis qu’il est au pouvoir. A présent, les problèmes majeurs provoqués  par la pandémie fournissent une excuse commode pour ne rien faire.

Au cours des dernières semaines, cependant, la réalité a pris le dessus. Un enseignant de lycée, Samuel Paty, a été assassiné le 16 octobre à Conflans- Sainte- Honorine, une banlieue au Nord-Ouest de Paris. Un jeune Tchéchène de 18 ans l’a décapité avec un grand couteau. La victime avait montré des caricatures « controversées » de Charlie-Hebdo du Prophète Mahomet à ses élèves.

Le père de l’une des élèves musulmanes a exprimé sa fureur sur Internet. Il a été contacté par le futur assassin, le fils d’immigrés tchétchènes qui étaient arrivés en France plus de dix ans plus tôt. Ce jeune homme a payé des élèves pour lui indiquer qui était le professeur pour qu’il sache qui il devait assassiner. L’assassin s’est ensuite fait tirer dessus et a été tué par la police.

Un tumulte s’en est suivi. Macron et son gouvernement onty compris qu’il fallait passer à l’action avec promptitude. On a annoncé un programme de gouvernement qui s’est traduit par des dizaines de descentes de police et d’arrestations d’individus et le démantèlement de quelques associations musulmanes ayant leurs racines dans l’Islam radical. L’une d’entre elles a été « Le Collectif Cheikh Yacine », qui a pris le nom du fondateur du groupe terroriste Hamas. Le Ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin a déclaré que son président, Abdelhakim Sefrioui, avait apparemment lancé une fatwa contre le professeur. En outre, s’est annoncée l’expulsion d’un certain nombre de demandeurs d’asile radicaux.

D’autres incidents ont eu lieu. Le principal concerne une attaque terroriste le 29 octobre dans une église de Nice. Un Tunisien a égorgé trois personnes. Un autre épisode de violence s’est déroulé quand une organisation extrémiste turque, les Loups Gris a profané un mémorial arménien près de Lyon par des slogans pro-turcs. Le gouvernement français a bannis les Loups Gris à la suite de ces exactions.

En arrière-fond, au moment de la décapitation, il y avait déjà au moins une bonne raison pour que Macron entreprenne des actions significatives. Les prochaines élections présidentielles se dérouleront en 2022. Comme la question se profile à présent, il semble que la finale pourrait se jouer -comme en 2017 – entre deux candidats : Macron et Marine Le Pen, dirigeante du parti de droite populiste, le Rassemblement National.

Après le meurtre, Le Pen a donné une conférence de presse. Elle a déclaré que la France a besoin d’une législation de temps de guerre pour combattre « une force organisée et réellement installée ». Le Pen a ajouté que Macron avait proposé une stratégie de contention inadéquate et anachronique, alors que la situation en appelle à une stratégie de reconquête.

Macron a été l’élève vedette de l’élite universitaire française. Il est bien plus intelligent et mieux informé que Le Pen. Macron est aussi un bien meilleur débatteur comme c’est devenu clair comme le cristal lors du débat de fin de campagne pour les élections de 2017. Pourtant, dans un futur débat, Le Pen disposera d’un argument-massue : il existe une menace majeure contre les valeurs fondamentales de la France et la société, qui émarge d’une frange significative de la communauté musulmane vivant dans le pays. Elle est même capable de se passer de la précaution oratoire « frange » ou « partie » de cette communauté.

L’estimation fréquemment propagée concernant le nombre de Musulmans en France est souvent de 6%. C’est probablement l’évaluation la plus faible. Dans un débat, Le Pen peut dire : « Vous avez beaucoup parlé du problème des Musulmans radicaux, mais vous n’avez rien fait pour le faire baisser structurellement ». Elle peut donner beaucoup d’exemples d’un grand nombre de ghettos en France -presque entièrement peuplés de Musulmans. Un rapport de 2004 avait montré qu’approximativement 1, 8 million de gens  à travers la France vivaient dans des endroits qui étaient soit « déjà des ghettos ou sur la voie d’en devenir« . Depuis qu’ils ont été créés, presque rien n’a été entrepris pour les éliminer. Les autorités ont des difficultés à pénétrer dans ces supposées « zones de non-droit ». Le Pen peut utiliser tout incident supplémentaire grave entre aujourd’hui et les élections  pour renforcer son dossier.

Il y a deux niveaux de considération qui surgissent, concernant les propositions de Le Pen et leur compatibilité avec la loi française. Le premier  est que dans le cadre des lois de la démocratie libérale, on ne peut probablement pas combattre efficacement les Musulmans violents qui ne respectent aucune règle. Plus en profondeur, le moment venu, il se peut très bien que dans le combat nécessaire contre les Islamistes radicaux, une majorité de Français soient en faveur de lancer des actions au-delà des limites admises de la démocratie libérale.

Depuis de nombreuses années en Europe, on a promu une idée en partie erronée qu’il y aurait une différence fondamentale entre Musulmans et Islamistes. Selon cette conception, les Islamistes sont définis comme les adhérents de l’islam politique. Les autres Musulmans religieux se concentrent sur les aspects spirituels de l’islam. Pourtant, en réalité, la différence est bien moins évidente que cela. Les populations musulmanes suivent un modèle continu. A une extrémité, on trouve les gens qui déclarent  qu’ils sont Musulmans parce qu’ils sont nés tels. Leur engagement envers l’islam se termine pratiquement là. A l’autre extrémité , on trouve ceux qui croient  que l’islam leur enseigne de conquérir le monde – que ce soit par la parole ou par l’épée.

Alors que la différence entre les deux extrêmes est énorme, cela bouge tout le long des lignes. L’assassin du professeur n’était pas un radical reconnu comme tel. Il n’avait jamais été identifié en tant que tel au cours des plus de dix ans que sa famille et lui-même ont résidé en France. Parmi les millions de Musulmans présents dans le pays, cela ne peut pas être un cas isolé. Certains de ceux qui ne sont pas violents aujourd’hui peuvent très rapidement se transformer en radicaux et l’inverse. Un facteur supplémentaire, qui joue probablement un rôle dans le processus de radicalisation concerne le chômage massif parmi les jeunes musulmans.

Le rôle des valeurs fondamentales françaises est aussi très important. La séparation entre l’Etat et la religion est un principe clé de l’identité de la société française. Ainsi, on accorde une haute priorité à la protection de l’Etat  laïc. L’auteur Caroline Fourest -une critique de longue date de bien des aspects de l’islam – a écrit récemment que la France a besoin de son Observatoire de la Laïcité : »pour superviser  les campagnes d’intoxication au lieu de les promouvoir« .

Si la France commence à agir plus activement  contre les Musulmans radicaux, cela peut déboucher sur une série de réactions encore plus fortes, de la part des pays musulmans. La Turquie  qui connaît déjà des relations tendues avec la France, est l’un des candidats probables, ici, pour endosser le rôle de leader. Le Président Recep Tayyip Erdogan a dit que Macron devait se faire examiner quant à sa santé mentale. Certains boycotts des pays français dans le monde musulman sont en route actuellement. Une déclaration de l’ancien Premier Ministre malaisien, Mohamad Mahathir, est encore allée plus loin: «Les Musulmans ont le droit d’être en colère et de tuer des millions de Français à cause des massacres qu’ils ont commis dans le passé« .

Divers auteurs dans des pays environnants ont souligné que l’impact de la décapitation de l’enseignant et la publicité qui lui a été offerte restaient mineurs. C’est un indicateur de la façon dont l’éveil limité de l’Europe agit, dans ce domaine importante. Le fait que les problèmes liés aux Musulmans radicaux et violents existent ailleurs dans plusieurs pays Européens apporte une perspective supplémentaire. Pourtant la France est à l’avant-garde du défi que les Musulmans radicaux représentent pour la démocratie libérale.

Les répliques superficielles que l’actuel gouvernement français contre les Musulmans radicaux ne seront guère perçues à long terme que comme une note de bas de page dans un combat d’une durée incommensurablement plus longue. C’est une lutte pour laquelle   la recherche fondamentale n’a même pas encore été menée. Jérôme Forquet, l’un des commentateurs sociopolitique dominants l’exprime succinctement : « Une course vient de débuter ; à cause de l’aveuglement idéologique, d’un manque d’évaluation ou de la peur de nommer les choses comme elles sont, on a perdu un temps gigantesque« .

Cet article est d’abord paru sur le site du Centre Begin-Sadate.

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