Yahya Sinwar (links), der Leiter der Hamas im Gazastreifen, mit den hochrangigen politischen Führern Khalil al-Haya (Mitte) und Ismail Haniyeh. Foto Abed Rahim Khatib/Flash90.
Yahya Sinwar (links), der Leiter der Hamas im Gazastreifen, mit den hochrangigen politischen Führern Khalil al-Haya (Mitte) und Ismail Haniyeh. Foto Abed Rahim Khatib/Flash90.
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La présence au Liban du chef du Hamas, Ismail Haniyeh, a suscité l’indignation. Citoyens et responsables libanais ont été nombreux à exprimer leurs craintes que cette présence soit le prélude d’une nouvelle guerre avec Israël. Une peur qui n’a rien d’injustifié. Les Libanais connaissent les désastres que le Hamas inflige aux Palestiniens de la bande de Gaza chaque fois qu’il tire des roquettes sur Israël. Aujourd’hui, le message des Libanais au Hamas est le suivant : « Lancez des attaques terroristes contre Israël si tel est votre bon plaisir, mais ne le faites pas à partir de notre territoire. Nous refusons d’en payer le prix »

par Khaled Abu Toameh

Les Libanais se montrent particulièrement réfractaires à l’idée que des groupes armés palestiniens se réinstallent au Liban. Ils craignent que le Hamas, sur instructions de l’Iran, ne transforme le Liban en rampe de lancement de missiles contre Israël. Les Libanais se souviennent des années 70 et 80 quand l’OLP et d’autres factions armées palestiniennes contrôlaient le Liban et utilisaient son territoire pour lancer des attaques terroristes contre Israël, son voisin du sud.

Haniyeh, qui est actuellement basé au Qatar, est arrivé au Liban début septembre pour une série de réunions avec des responsables libanais et palestiniens. Il a également rencontré Hassan Nasrallah, secrétaire général du groupe terroriste Hezbollah soutenu par l’Iran, et s’est rendu dans le camp de réfugiés palestiniens d’Ain al-Hilweh, où il était entouré de dizaines de miliciens armés.

Haniyeh a également participé à une réunion de dirigeants des différentes factions palestiniennes. La réunion a eu lieu par vidéoconférence et Haniyeh s“est adressé à ses homologues depuis un bureau de l’ambassade de l’Autorité palestinienne (AP) à Beyrouth. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a participé lui aussi à la réunion et a été filmé depuis son bureau de Ramallah, la capitale de facto des Palestiniens de Cisjordanie.

Au cours de sa visite du camp palestinien d’Ain al-Hilweh, Haniyeh a déclaré que le Hamas (soutenu par l’Iran) qui règne à Gaza « possède des missiles pour frapper Tel Aviv et au-delà de Tel Aviv ».

A Beyrouth, Haniyeh a aussi rencontré Hassan Nasrallah. Après la réunion, le Hamas et le Hezbollah ont vanté dans une déclaration commune la « stabilité et la solidité de l’axe de la résistance ». Ils ont aussi expliqué que « la force de la relation entre le Hezbollah et le Hamas est basée sur la foi, la fraternité et le djihad (guerre sainte) ». Les deux mouvements terroristes se sont également engagés à « développer des mécanismes de coordination ».

La visite du chef du Hamas a eu lieu au cœur d’une des pires crises de l’histoire du Liban. Après qu’une explosion ait dévasté le port de Beyrouth le 4 août, la colère de la population a été telle que le gouvernement libanais a été contraint de démissionner. L’explosion, qui a tué 200 personnes au moins et blessé 5 000 autres, s’est produite au moment même où le Liban faisait face à l’épidémie de coronavirus – laquelle dure encore – et à une grave crise économique, qui dure encore elle aussi.

Nombre de Libanais sont furieux que leur gouvernement ait autorisé l’entrée de Haniyeh dans le pays. Rita Mokbel, une Libanaise vivant aux Émirats arabes unis a écrit sur Twitter :

« Qui est cet Ismail Haniyeh, qui vient faire étalage de ses muscles au Liban, qui se promène dans les camps [de réfugiés] entouré d’hommes armés et qui annonce qu’il veut libérer la Palestine à partir d’Ain al-Hilweh ? Personne dans notre gouvernement n’a demandé ce qu’il faisait ici ni qui l’a laissé entrer dans notre pays. »

Wiam Wahhab, un ancien ministre libanais de l’environnement, a écrit que Haniyeh n’était « pas le bienvenu » au Liban.

« La Syrie a payé un lourd tribut pour avoir défendu le Hamas et d’autres mouvements de résistance ; en remerciement de son soutien, ces mouvements de résistance ont comploté contre la Syrie et participé à sa destruction. C’est ce qu’on enseigne à l’école des Frères musulmans et [du président turc] Erdogan. Cette visite se produit à un mauvais moment et l’invité n’est pas le bienvenu. »

Le journaliste libanais Mohamad Nimer semble n’avoir pas compris pourquoi « Ismail Haniyeh avait quitté la Palestine ni pourquoi il était venu promouvoir les caractéristiques des missiles du Hamas à Beyrouth. » Le Hezbollah possède déjà des missiles pointés sur Israël a rappelé Nimer. S’adressant au Hamas et au Hezbollah, il a ajouté : « Que vos méfaits prennent en pitié le Liban ».

La visite de Haniyeh et les menaces contre Israël ont suscité les craintes de Fares Souaid, ancien député libanais, quant à un éventuel retour des milices palestiniennes au Liban :

« La menace contre Israël proférée par Ismail Haniyeh à Beyrouth fait resurgir le risque, pour la première fois depuis 1982, d’un retour militaire des Palestiniens [contre Israël] au Liban. Ce risque militaire palestinien met en danger toutes les zones habitées. Le Hamas va-t-il œuvrer au Liban sous couvert du Hezbollah ? »

Richard Kouyoumjian, autre ancien ministre libanais, s’est interrogé sur l’identité des officiels qui ont permis à Haniyeh de menacer Israël depuis le Liban. « Qui lui a donné la permission et le droit de le faire ? » Kouyoumjian a ajouté : « si Haniyeh veut être un héros, il doit agir depuis la bande de Gaza, et pas au Liban. »

Le général libanais Ashraf Rifi a twitté que les menaces de Haniyeh contre Israël ne rendaient pas service à la cause palestinienne. Les armes iraniennes entraîneront la destruction du Liban a-t-il prophétisé.

« L’Iran a transformé la question palestinienne en monnaie d’échange et a aggravé les divisions entre les Palestiniens », a déclaré Rifi.

« Laisser l’Iran devenir maître de la carte palestinienne a été une grave erreur. C’est une erreur encore plus grave de communiquer à l’Iran la carte des camps de réfugiés palestiniens. Le Liban est un État indépendant et pas un terrain de jeux pour l’Iran et les Palestiniens. »

Les dirigeants des partis politiques libanais se sont réunis pour évaluer les retombées de la visite de Haniyeh et de ses menaces contre Israël.

Ces mêmes leaders ont exprimé publiquement leurs craintes « de voir les factions palestiniennes exercer à nouveau un rôle militaire ou sécuritaire au Liban ». Savoir que les chefs des factions palestiniennes s’étaient réunis officiellement au Liban a rappelé aux élus libanais, l’époque où le Liban était sous contrôle des Palestiniens : « La réunion des factions palestiniennes au Liban a rappelé l’ère du ‚Fatah Land‘ – l’époque où le Liban n’était qu’un champ de manœuvres pour l’OLP. » (Le Fatah est la plus grande faction palestinienne de l’OLP.)

MENA Media Monitor, un média arabe en ligne spécialisé sur l’analyse des problèmes du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, estime que les menaces proférées par Haniyeh contre Israël et l’alliance du Hamas et du Hezbollah « représentent un danger mortel pour le Liban ». Il a ajouté que les pratiques terroristes du Hamas ont ruiné la bande de Gaza, et auront le même effet destructeur sur le Liban.

« En plus de son professionnalisme dans la violence, le blanchiment d’argent, le trafic de drogue et les assassinats ciblés, le Hezbollah est devenu expert dans la fermeture des portes à toutes les solutions susceptibles d’empêcher l’effondrement du Liban », analyse MENA.

« La visite de Haniyeh au Liban, et son annonce depuis le sol libanais que le Hamas et son allié, le Hezbollah, travailleront à la fabrication de missiles intelligents à partir du Liban, est un appel à la mise en pièces du Liban, un pays qui aujourd’hui a surtout besoin de la solidarité internationale. Ismail Haniyeh et le Hezbollah mèneront le Liban dans l’enfer d’une guerre qui détruira ce qui reste du pays. »

Pour Walid Choucair, journaliste et éditorialiste libanais, le Hamas et le Hezbollah, à la demande de l’Iran, semblent vouloir utiliser le Liban comme plateforme pour déjouer les accords de normalisation entre Israël et les pays arabes.

Les analystes politiques arabes semblent convaincus que l’Iran a envoyé Haniyeh au Liban pour reprendre en main les camps de réfugiés palestiniens. Les mêmes ajoutent que l’Iran se prépare à utiliser ses supplétifs, le Hamas et le Hezbollah, contre les pays arabes qui ont établi ou cherchent à établir des relations avec Israël, comme les Émirats arabes unis et Bahreïn.

Ces mêmes analystes prévoient que les Libanais et les Palestiniens paieront chacun un lourd tribut si les camps tombaient entre les mains de l’Iran. Les Libanais et les autres Arabes envoient un message clair : « Nous sommes mortellement malades du Hezbollah et de l’Iran. Autoriser le Hamas au Liban ne fera qu’affaiblir davantage un pays qui a un besoin vital de se reconstruire ».

Khaled Abu Toameh, journaliste basé à Jérusalem, plusieurs fois récompensé, est Shillman Journalism Fellow du Gatestone Institute.

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