Dair Al Balah im Gaza-Streifen. Foto imago images / ZUMA Wire
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L’Office de secours et de travaux pour les réfugiés de Palestine UNRWA a un nouveau commissaire général, qui, comme son prédécesseur, est suisse. Il ne faut cependant pas s’attendre à ce que l’institution, qui est, pour de nombreuses raisons, lourdement critiquée, connaisse des changements fondamentaux sous son égide. Pour autant, cela n’empêche pas de mener une interview.

Philippe Lazzarini est le nouveau commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine, plus communément connu sous le nom d’UNRWA. Le Suisse succède à ce poste à son compatriote Pierre Krähenbühl, qui, après de lourds reproches contenus dans un rapport interne des Nations unies – dans lequel il était question de népotisme, d’abus de pouvoir, de harcèlement sexuel, de discrimination et de comportement tyrannique avec ses collaborateurs –, a été suspendu avant de finalement démissionner, bien que dans un autre rapport, « seuls » « des problèmes de gestion » lui étaient encore reprochés. Lazzarini travaille déjà depuis de nombreuses années à l’ONU ; il était notamment depuis 2015 le coordinateur spécial des Nations unies pour le Liban (UNSCOL). Mi-mars dernier, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, l’a finalement nommé chef de l’UNRWA, qui, avec 30 000 collaborateurs, est le plus grand organisme des Nations unies.

Il y a quelques jours, l’émission « Echo der Zeit » de Radio SRF a mené une interview avec Philippe Lazzarini, qui a une nouvelle fois mis nettement en évidence que l’Office de secours souffre d’un problème de fond qui ne se résoudra pas par un changement de commissaire général. Une (auto-)remise en question manque cruellement. En effet, Lazzarini considère que les critiques à l’égard de son organisation sont injustes et ne semble pas non plus comprendre pourquoi l’UNRWA traverse actuellement une crise de légitimité. Il a par exemple affirmé qu’il y avait une « détérioration de notre réputation » et que « certaines personnes » « contestaient la raison d’être même de l’UNRWA », sans citer aucun nom. Il avait l’air d’insinuer qu’une campagne infondée était menée contre l’Office de secours et que les critiques étaient tirées par les cheveux.

Pourtant, l’UNRWA a elle-même fortement endommagé sa réputation, non seulement à cause du comportement de sa direction sous Pierre Krähenbühl, mais aussi et surtout parce qu’elle ne cesse de démontrer qu’elle est une entrave à la paix de premier ordre. Récemment, David Bedein a fait une nouvelle liste des critiques les plus importantes : dans les livres d’école de l’UNRWA, le terrorisme contre Israël est célébré, le « retour » de plus de 5,5 millions de Palestiniens en Israël est désigné comme un droit inaliénable et comme la seule solution aux problèmes des réfugiés, la conquête de la Palestine par la violence des armes est encouragée. Les murs des écoles de l’UNRWA sont décorés d’affiches et de photos de « martyrs », qui sont morts lors du meurtre de Juifs.

Lazzarini élude les critiques d’I. Cassis

L’organisation terroriste du Hamas peut agir à sa guise dans la représentation des employés ; une partie du personnel enseignant divulgue également sa propagande sur les réseaux sociaux. Des commémorations pour des Arabes palestiniens assassinés ont lieu dans des écoles de l’UNRWA. Lors de rencontres de jeunes de l’Office de secours, des adolescents s’enthousiasment pour le « combat armé » contre l’État juif. Des exercices avec de vraies armes sont exécutés dans des « camps d’été » de l’UNRWA. Sur les cartes géographiques de l’UNRWA, l’État d’Israël n’est pas représenté. Ces raisons, entre autres, expliquent pourquoi les États-Unis ont cessé leur soutien financier à l’institution.

En revanche, d’autres pays sont tombés dans la brèche – notamment l’Allemagne et l’Union européenne –, sans pour autant que l’augmentation de leurs aides ne se justifie par des conditions raisonnables. Le ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, a émis des critiques à ce propos dans une interview accordée en mai 2018, dans laquelle il a eu des mots sans appel sur l’UNRWA. Il a en effet déclaré que l’organisation nourrit l’illusion chez les Palestiniens d’un « retour » de tous les réfugiés sur un territoire qui est israélien depuis 1948. Selon lui, elle fait ainsi obstacle à une solution, d’autant plus que l’obstination de ce « retour » empêche l’intégration de Palestiniens qui vivent depuis des générations en Jordanie ou au Liban. « En soutenant l’UNRWA, nous faisons vivre le conflit », martèle I. Cassis. Selon lui, il s’agit d’une « logique perverse ».

Dans l’émission « Echo der Zeit » au sujet des propos d’I. Cassis, P. Lazzarini a rétorqué à la manière d’une agence de publicité : « Je suis convaincu qu’il n’y a pas de meilleur investissement dans l’avenir et la stabilité au Moyen-Orient qu’un investissement dans l’UNRWA. Notre organisation prépare des jeunes Palestiniennes et Palestiniens, donc la génération future, à l’avenir. En conséquence, nous représentons donc sans aucun doute une partie de la solution, et certainement pas du problème ». Mais à quoi ressemble donc l’avenir dont parle P. Lazzarini ? À quelle solution pense-t-il ? Les jeunes Palestiniens doivent-ils encore être élevés dans un sentiment de haine envers les Juifs ? On leur explique inlassablement qu’ils auront un « droit de retour » éternel et héréditaire, bien qu’ils n’aient jamais vécu dans le pays dans lequel ils doivent « rentrer », et par conséquent duquel ils n’ont pas fui ?

Ce que P. Lazzarini omet volontairement

De toute évidence, Philippe Lazzarini justifie de manière formelle, lorsque cela lui est demandé, le caractère héréditaire de ce statut de réfugié qui existe encore aujourd’hui et qui mène à une situation où les « réfugiés » palestiniens n’ayant pas fui sont de plus en plus nombreux. Selon lui, il n’y a « absolument aucun mandat spécifique de l’UNRWA qui permet d’hériter du statut de réfugié ». C’est « plutôt ancré de manière générale dans le droit international, et ce tant qu’il n’y aura aucune solution durable pour un groupe concret de réfugiés ». Les Palestiniens sont « de nos jours les seuls réfugiés qui n’ont aucun pays natal dans lequel ils peuvent se rendre ». Si ces individus « et leurs enfants et petits-enfants n’avaient pas le statut de réfugié UNRWA, ils seraient apatrides et n’auraient absolument aucun statut dans le droit international ».

Ce que P. Lazzarini ne dit pas, c’est qu’il n’y a encore aucune solution durable qui mettrait fin à l’hérédité du statut de réfugié dans le cas des Palestiniens, car cette solution réside exclusivement dans le fameux « retour ». Et c’est justement pour cette raison que l’UNRWA existe encore. en effet, son mandat, initialement temporaire mais finalement renouvelé tous les trois ans par l’assemblée générale, repose sur le « retour » comme soi-disant l’unique possibilité de résoudre le problème des « réfugiés » palestiniens dans le monde. L’UNRWA encourage les Palestiniens dans leur obsesssion pour le « droit de retour », ce qui les mène à refuser de reconnaître l’existence d’Israël. L’immigration de plus de 5,5 millions de Palestiniens modifierait tellement la démographie en Israël que les Juifs seraient une minorité. Ce serait alors la fin de l’État juif, et c’est justement de ce sujet qu’il est question.

Aucun gouvernement israélien ne pourrait bien entendu accepter un tel scénario. C’est pourquoi la solution optimale durable à laquelle pensent les Palestiniens ne sera pas mise en œuvre. Malgré tout, nourrir des illusions à ce propos, comme le fait actuellement l’URNWA rien qu’en existant, va réellement à l’encontre d’un climat de paix. Ce qui serait urgent et absolument nécessaire, c’est une reconnaissance d’Israël en tant qu’État juif par le régime palestinien et l’intégration des Palestiniens dans leur pays de résidence. Le fait que des pays arabes comme le Liban et la Syrie se réfèrent au soi-disant « droit de retour » des Palestiniens qui y résident pour leur refuser la nationalité, et par conséquent la participation à la vie sociale du pays, est un véritable scandale. De même, l’UNRWA continue à considérer des Palestiniens qui ont pris une autre nationalité – en Europe, par exemple – comme des réfugiés ; c’est tout simplement absurde.

L’interview, une pure vitrine de mots-clés

Les Palestiniens n’auraient donc nullement besoin d’être apatrides et d’avoir le statut de réfugié, et leur « patrie » qu’évoque Philippe Lazzarini aurait également pu exister depuis longtemps si les dirigeants palestiniens n’avaient pas eux-mêmes rejeté des propositions de compromis de très grande envergure comme celle de Camp David en 2000. L’un des grands mensonges de l’Office de secours consiste à cacher, nier ou déformer tout cela. Seulement, il convient de se demander pourquoi justement Fredy Gsteiger, qui a conduit l’entretien pour « Echo der Zeit », n’a ni contredit P. Lazzarini, ni porté un regard critique pour en savoir davantage. Certes, il aborde d’autres points désagréables pour l’UNRWA, mais il a surtout donné l’impression de vouloir offrir à P. Lazzarini l’opportunité de véhiculer une image positive de l’organisation. Il n’aurait cependant pas été superflu de creuser plus avant.

Le secrétaire général peut donc faire librement de la publicité pour son organisation, qui fait la une des journaux pour de bonnes, ou plutôt mauvaises, raisons : « Il est temps désormais de tourner la page et de commencer à restaurer la confiance envers l’UNRWA », a-t-il affirmé. Et de continuer : « C’est toujours une organisation qui fait le bien ici au Moyen-Orient, et qui, grâce à toute une population vivant parfois dans des conditions désespérées, réussit malgré tout à créer de l’espoir ». Ou encore : « le regard critique vers l’intérieur a bien eu lieu. Les enseignements ont été tirés. Il y a désormais une nouvelle direction à la tête de l’UNRWA. Nous pouvons donc regagner la confiance qui a été perdue. » Ce sont des phrases que l’on aurait pu retrouver dans un magazine d’adhérents à une association de football qui aurait été quelque peu discréditée par un président ambigu. Sur une radio suisse, on devrait pouvoir s’attendre à autre chose qu’à une vitrine de mots-clés et un discours peu ambitieux, rempli de phrases vides de sens et digne de beaux parleurs.

Il va en rester de même avec Philippe Lazzarini : l’UNRWA n’œuvre pas pour une cohabitation paisible entre les Palestiniens et les Israéliens, entre les musulmans et les juifs, mais exactement pour le contraire. Il s’agit d’un organisme dominé par le Hamas avec pour objectif la destruction d’Israël. Au lieu de prolonger sans cesse le mandat de l’UNRWA, les Nations unies devraient plutôt dissoudre cet Office de secours et insister en collaboration avec les pays donateurs pour que les Palestiniens puissent prendre la nationalité du pays dans lequel ils résident et ne soient plus considérés comme des « réfugiés » dépendants de l’ONU. Plutôt que d’injecter toujours plus d’argent dans l’UNRWA, il est urgent que les pays donateurs réfléchissent à d’autres possibilités. Car il existe forcément d’autres solutions que l’UNRWA.

Alex Feuerherdt

Über Alex Feuerherdt

Alex Feuerherdt ist freier Autor und lebt in Köln. Er hält Vorträge zu den Themen Antisemitismus, Israel und Nahost und schreibt regelmässig für verschiedene Medien, unter anderem für die «Jüdische Allgemeine», «Mena-Watch», «Konkret» und die «Jungle World». Zudem ist er der Betreiber des Blogs «Lizas Welt».

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